Changer de regard
On m’a souvent demandé comment faire pour qu’un animal obéisse mieux.
Plus rarement, on me demande comment faire pour qu’il se sente bien.
Pendant longtemps, la relation humain–animal a été pensée autour de la performance, du contrôle et de la soumission. L’animal devait écouter, répondre, exécuter. Cette vision est encore très présente aujourd’hui, parfois de façon inconsciente, même chez des personnes profondément bienveillantes.
Et si la vraie question n’était pas :
« Comment se faire obéir ? »
Mais plutôt : « Quelle relation suis-je en train de construire avec mon animal ? »
1. De la domination à la guidance
Être un guide, ce n’est pas être permissif.
Ce n’est pas non plus renoncer au cadre ou aux règles.
Être un guide, c’est proposer une direction claire, sécurisante et cohérente. C’est prendre des décisions en conscience, tout en restant à l’écoute de l’individu que l’on accompagne. Un animal n’a pas besoin d’un chef autoritaire. Il a besoin d’un référent stable.
Avec l’une de mes juments, sa sensibilité m’a longtemps effrayée. Elle capte tout. Trop vite. Trop fort.
Aujourd’hui, je sais que ma confiance en moi impacte directement la sienne. Lorsque je doute, lorsque j’hésite, lorsqu’une émotion prend trop de place, cela influence immédiatement sa sérénité… ou son stress.
Le travail que j’ai à faire avec elle est immense.
Mais en réalité, il est surtout à faire sur moi-même.
2. Quand le lien physique enferme… malgré nous
Il m’est arrivé — plus jeune, mais aussi plus récemment avec d’autres chevaux — de privilégier le travail en liberté.
Non pas par effet de mode, mais parce que cela me permet de casser deux choses importantes :
- D’abord, ce que j’appellerais maladroitement une forme de contrainte invisible.
Pas une prison volontaire, mais ce blocage que l’on peut créer sans s’en rendre compte, simplement avec une longe ou une laisse trop courte, selon l’animal et le contexte.
- Ensuite, cela redonne à l’animal une liberté de choix.
Quand mes propres émotions sont trop intenses, je connais mes limites. Et dans ces moments-là, rompre le lien physique me permet de mieux les gérer. Je quitte la contrainte matérielle pour aller vers un lien plus subtil, plus doux.
En me recentrant sur mon corps, ma respiration, mon intention, les séances se passent presque toujours dix fois mieux, même lors de journées compliquées au départ.
3. Ton animal observe déjà tout. Et toi ?
Nos animaux sont des experts en lecture du vivant.
Ils perçoivent nos tensions, nos hésitations, nos incohérences… souvent bien avant que nous en ayons conscience nous-mêmes.
Phoenix, ma border, en est l’exemple parfait.
Elle peut être une chienne radicalement différente selon la personne avec qui elle est, mais aussi selon l’humeur, l’état émotionnel et la posture de cette personne.
Face à quelqu’un d’extrêmement stressé, surtout lorsque les outils sont trop contraignants et ne lui permettent pas de se détacher des émotions humaines, son stress peut exploser à une vitesse folle.
À l’inverse, avec une personne calme, posée, « good vibe », elle devient une chienne incroyablement créative. Elle propose, elle teste, elle apprend dans le calme et le plaisir, sans crainte.
Ce n’est pas de la magie. C’est du lien.
4. Professionnels, méthodes… et responsabilité individuelle
Les professionnels ont des titres, des formations, des compétences. Et c’est essentiel.
Mais aucune méthode n’est universelle.
Lorsqu’il s’agit de ton animal, tu as le droit de questionner.
- Tu as le droit de demander pourquoi.
- Tu as le droit de ne pas accepter une méthode qui va à l’encontre de tes valeurs ou du respect de ton animal.
Être garant de son bien-être, c’est aussi savoir dire stop. Et ce n’est pas un manque de respect envers le professionnel. C’est une preuve de responsabilité et d'engagement envers ton animal.
5. Le bien-être animal passe aussi par la remise en question
Dans les domaines de l’éthologie et du bien-être animal, on apprend toute sa vie.
Même — et surtout — lorsque l’on est professionnel.
- La science avance.
- Les connaissances évoluent.
- Les pratiques sont questionnées.
Ce que nous pensions juste hier peut être nuancé aujourd’hui. Et c’est une bonne chose. Se remettre en question n’est pas un aveu d’incompétence. C’est une preuve d’engagement envers les animaux et les humains que l’on accompagne.
6. La confiance mutuelle comme fondation
La confiance n’est pas un bonus.
Elle est la base.
Sans confiance, il n’y a que de la contrainte, de l’évitement ou de la résignation.
Avec la confiance, apparaissent la coopération, la sécurité émotionnelle et une réelle qualité de vie.
Le lien que tu construis avec ton animal influence profondément :
sa sérénité
sa capacité à apprendre
son équilibre émotionnel
Le savais-tu ?
Ton animal est ton miroir
Chien, cheval, chat ou autre animal sensible, ton compagnon est le reflet de ton monde intérieur. Tu ne peux pas lui mentir.
Il perçoit tes émotions, même celles que tu cherches à dissimuler.
Apprendre à reconnaître tes limites, à identifier tes émotions et à les réguler, c’est aussi une façon de prendre soin de lui.
Le lien de confiance passe autant par ce que tu fais que par ce que tu ressens.
- Du contrôle au partenariat -
Repenser la relation humain–animal, ce n’est pas renoncer au cadre ou à l’exigence.
C’est changer de posture.
Passer de l’obéissance au partenariat, c’est accepter que la relation compte autant que le résultat.
Aujourd’hui, je ne cherche plus l’obéissance à tout prix.
Je cherche à être le partenaire de vie que mon animal mérite, vraiment.
Et toi ?
Où en es-tu dans ta relation avec ton animal ?
Si tu ressens le besoin d’en discuter, la porte est ouverte. 🤍